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Aujourd’hui, je célèbre une grande victoire : 8 ans de travail récompensé. Et avant ça, tout au lot d’expériences qui m’a mis sur la piste avant d’être sur les rails. Tellement de rencontres qui m’ont nourrie suffisamment pour que mon corps soit aujourd’hui insuffisant à redonner l’amour du Monde qu’ils m’ont transmis. Mais c’est une autre histoire…. Mes amis regrettent souvent ma manière de raconter mes aventures, pleines d’arabesques, entre très longs déliés et soubresauts rieurs. Les enfants eux s’attroupent autour de moi en me chantant : « Père castor, raconte-nous ! »… J’ai trouvé mon public.

C’est ma joie d’adulte que je souhaite partager ici alors puissiez-vous la lire avec votre cœur d’apprenti-sage.

Il y a 8 ans donc j’ai décidé que j’allais mettre ma force de travail, dont je venais seulement de comprendre la puissance d’action, dans une seule direction : accompagner en 1er lieu le système éducatif public à devenir un espace de paix. Pas une éducation alternative au pays de Candy ou dans une communauté déjà favorisée. Attention, je ne dis pas que je ne suis pas allée visiter ces contrées, elles m’ont permis d’enrichir mon panel et de le réinvestir dans le bien public. Je voulais un espace de paix pour tous les enfants qui auront à se partager la même terre. J’écrivais alors que mon projet s’appellorio l’« Air(e) de Repos », pour qu’ils comprennent que cette paix est partout où ils sont.

Je me suis formée pendant 4 ans. J’ai donné mon temps, mon argent, ma personne. J’ai travaillé humblement auprès d’enseignantes qui ont bien voulu me faire confiance. Si j’étais inspirée par la vie de Micheline Flak ou de Maria Montessori, mon côté « yang » a très vite compris l’importance de m’outiller de méthodologie occidentale : je me suis encore formée à l’animation d’ateliers philosophiques pour enfants. Ça tombe bien parce que le yoga, c’est une philosophie du corps. Un cadeau du ciel diraient certains quand la secrétaire me dit que je suis l’élue qui coordonnera le 1er groupe de SEVE à Rennes.

Je voulais aussi qu’on sorte, avant même d’y entrer, de la pathologisation des émotions des enfants sans regarder l’immaturité émotionnelle de leurs ainés. On ne parlait pas encore à l’époque d’éducation positive, empathie cognitive ou autorité bienveillante. Être responsable de sa position d’adulte sans avoir à soumettre l’enfant… La philosophie est l’espace idéal pour réinterroger nos postures et favoriser un dialogue égalitaire.

Au bout de 4 ans, en 2020, je finis un 1er cycle d’études, couronné par de nombreux succès puisque je pratique alors le yoga avec des centaines qui deviennent un millier d’enfants. Je viens de me démontrer que mon corps entier orienté dans une seule direction peut effectivement obtenir une action massive. L’avènement de la première étape de mon projet mégalo.

En 2018, je suis ralentie dans mon ascension par la demande faite par ma prof de yoga pour la remplacer. Faire du yoga avec des adultes ne fait pas partie de mon projet. Mais je sais intiment que si je veux défendre sa place en institutions publiques, je dois sauter dans le grand bain.

En 2022, je termine donc un nouveau cycle de 4 ans d’études. J’ai là aussi quelques centaines d’élèves, des milliers d’heures de pratique. A ma grande surprise, mes plus belles rencontres sont celles d’enseignants dont je captive facilement l’attention. Depuis 3 ans, je mène avec certains des projets d’établissement, ce qui est déjà honorable. 2e étape validée.

Aujourd’hui, je me lance dans l’accompagnement d’équipes éducatives, ce qui me permet de déployer un peu plus mon action. Au lieu d’intervenir auprès d’une classe d’une trentaine d’élèves, je vais déléguer à une dizaine d’enseignants… S’ils ont 4 classes chacun, je vous laisse faire le calcul (oh puis non, c’est ma victoire alors je le dis sans honte : 1200 élèves concernés !!!!).

Je ne peux pas vous partager complètement l’honneur que me fait cet homme, principal de collège. C’est un de mes élèves depuis 3 ans. Discret et efficace. Il connait les effets de cette discipline et il connait ma vigilance à en faire une pratique multiple :

  • une pratique physique où le corps, guidé par les souffles qui l’animent, sont les principaux maitres d’apprentissage ;
  • une pratique psychique aussi mais non thérapeutique, qui ne fait pas donc des affects un problème – où il faudrait apprendre à gérer ses émotions comme si on comptait les débits/crédits de son capital « santé émotionnelle ». A l’inverse, grâce à l’écoute de nos émotions, apprendre à être (humain) ;
  • une pratique laïque où le développement de l’esprit critique est orienté vers soi, et non vers une spiritualité apprise (ou, pire, conquise) ou encore vers une science sans conscience.

Alors il monte au créneau quand je lui parle de mes projets à venir. Mobilise son équipe éducative, son gestionnaire. Etabli le calendrier de nos rencontres. Tout va si vite après 8 ans d’attente !

Non, je ne pourrai pas vous transmettre la joie qui m’envahit aujourd’hui de connaitre cet homme qui a littéralement donné de sa personne depuis tant d’années, qui a testé et éprouvé cette pratique suffisamment, qui m’a patiemment observée pour finalement me juger apte à former ses collègues, dans le cadre très réglementé que l’institution lui confie. Après avoir donné personnellement de sa personne, voilà donc qu’il y engage aussi sa carrière ! Wow, quel courage de se lever ainsi pour changer son monde et en faire un havre de paix !

A l’heure où bon nombre démissionnent, je ne peux qu’admirer ceux qui savent le seul sens historique que l’éducation doit servir. Certains diront que pour atteindre les étoiles, il faut viser la lune. C’est poétique mais je suis une idéaliste pragmatique. Viser la paix intérieure est beaucoup plus efficace ; essayez et vous comprendrez qu’au pire c’est la paix dans le monde que vous risquez de voir s’élever.

Eduquer par la paix : https://airederepos.fr/?page_id=520

Très franchement, si on m’avait dit que ce serait aussi dur, je ne suis pas sûre que je l’aurais fait. Seulement voilà, j’ai créé ce stage parents-enfants. Ça fait des années que je doute devoir aller dans le sens d’une telle proposition. Je ne m’étais pas tellement trompée. Mais pas sur ce que je croyais. C’est justement parce que c’était dur qu’il fallait le faire.

L’idée d’amener les familles dans un lieu de repos vraiment dépaysant à deux heures de chez eux, en pleine campagne normande était une excellente idée. Je savais que je pouvais compter sur l’équipe bénévole du centre pour les accueillir au mieux. Ce fut le 1er succès. Un émerveillement pour beaucoup. Un cadre qui les déconnecte. Pari réussi.

Je savais aussi que mon programme tenait la route. Même deux routes, parallèles, puisque nous commencions la journée par des séances de yoga et poursuivions l’après-midi par des ateliers philo. Et sur ces deux routes, je dois réguler le trafic de voitures de course (les parents) et de voiturettes sans permis (les enfants) … voilà un premier défi. Ma chance, c’est que malgré ces deux routes, j’ai une direction assez claire qui structure mes progressions, beaucoup d’outils simples et efficaces à partager. Suis plutôt sereine. Trop et c’est tant mieux.

Car très vite, une des petites voiturettes fait partir son moteur dans les tours, toutes sirènes hurlantes ; notre benjamine de 4 ans et demi est au plus mal et nous le fait savoir de manière quasi continue malgré les tentatives d’apaisement de sa maman.

Voilà la difficulté majeure : dans ce groupe parents-enfants, chaque famille reste responsable d’elle-même et moi, bien que garante du cadre, je choisis de ne pas outre-passer pas la souveraineté familiale. Pendant 3 jours, chacun, tour à tour, tente des approches de cette enfant qui souffre sans pouvoir le dire. Nous revenons à chaque fois impuissants à l’adoucir (et un peu plus sourds). Nous vivons donc des moments très difficiles. Mais nous les vivons ensemble.

C’est donc ici le très grand enseignement de ce séjour : plus que les techniques, et même plus qu’un environnement pacificateur, notre réussite tient dans notre union. Je ne sais pas ce qui s’est passé pour les autres, je me souviens que je leur ai parlé de ma direction : maintenir une visée haute sur le cœur et l’amour, surtout quand il s’agit d’élever nos enfants. Que ça, je le tenais de mon propre fils qui, avant d’entrer en maternelle il y a 12 ans, m’avait dit que « l’important, c’est d’écouter son cœur » et que cela m’avait m’avait bouleversé au point de transformer le reste de ma vie.

Epuisée la veille du dernier jour, j’ouvre le message d’un ami à qui je venais de raconter cette histoire et qui s’est souvenu avoir lu la même expérience, relatée par Blanche De Richemont dans son livre « Amours inconditionnels » :

« Longtemps, j’ai surtout aimé l’amour en chanson. Je préférais la quête, le dépassement, l’ardeur, la sueur, la rigueur des déserts, l’étoile inaccessible, la solitude habitée et les enchantements de l’inconnu.

Puis, un jour, tout a basculé.

Je donnais une conférence sur le désert en Belgique, dans une maison en pleins champs. J’étais exceptionnellement venue avec mes deux enfants. À la fin de mon intervention, Perceval, mon fils aîné alors âgé de quatre ans, a échappé à la surveillance de son père. Il a marché au milieu du public, est monté sur mes genoux, a pris le micro et a dit : « Mais, en fait, le plus important dans tout ça, c’est l’amour. » Un grand silence a enveloppé l’assistance. Perceval venait de balayer en quelques mots mes beaux discours. J’ai donc ajouté qu’il n’y avait plus rien à ajouter. »

Cette lecture m’a ramenée à mon point essentiel, prête à embrasser des montagnes de tristesse s’il fallait. Le lendemain, tous et tout étaient apaisés.

Epilogue : j’aime bien quand même les chansons. En rentrant, c’est Frankie goes to Hollywood qui est venu me souffler au creux de l’oreille ce mantra à ne pas oublier : make love, your goal …

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